Saturday, October 10, 2009

NOISES

Cat purring right by my face at night;
the MGM lion roaring;
the rain on a hot summer night, windows open;
Russian Easter Bells -once you've heard them, all other bells are but "noisy gongs";
wind chimes;
the wind in the trees, shaking their summits when it is really windy, whispering, exhaling, singing;
the wind howling in the chimney on a cold winter day;
owls hooting;
voices in the distance when one is asleep: they are muffled but you know you are not alone;
waterfalls;
waves lapping at the seaside; and
waves crashing on rocks during a storm;
the crunch of footsteps crushing newly fallen snow;
the rustle of silk;
drums in a circle of joy;
the noise the steam iron makes whenever I decide to iron accumulated laundry: it echoes my sighs…
the "psscchht" of champagne being poured into a flute; and
the "pop" of the champagne bottle being opened;
cicadas in summer;
dry leaves being raked;
squirrels sending signals sounding like policemen’s whistles;
birds chirping at 4:00am in the spring;
magpies on the lawn in Canberra;
seagulls by the seaside;
neighborhood flagpoles in the wind playing masts and sails on a sailing boat;
the fire cracking in the fireplace when I add pinecones and roast chestnuts;
a train tooting in the night;
the muezzin calling to prayer in East Jerusalem; and
the Kaddish sung at Auschwitz…

October 10, 2009
©Sarah Diligenti’s Poems - The Quill and The Brush

Le canapé rouge, par Michèle Lesbre: un livre vide et ennuyeux

Un monologue prétendant être un dialogue entre la narratrice, Anne, et une vieille dame excentrique, Clémence Barrot (est-ce un clin d’oeil même involontaire à Clément Marrot?), voilà ce qu’est Le canapé rouge, de Michèle Lesbre… 138 pages d’introspection entre Moscou et Irkoutsk, entrecoupées de flashbacks dans le salon de Clémence, un livre lu en une heure et dont on ne retire rien.

La narratrice se remémore l’amitié qui la lie à Clémence lors d’un voyage en train vers Irkoutsk et le Lac Baïkal, à la recherche d’un ami, Gyl, qui est aussi un ancien amant, et dont elle n’a plus de nouvelles depuis six mois. Dans le train, elle “rencontre” un certain Igor, une rencontre qui n’en est pas vraiment une, car il n’y a d’autre échange que des regards, et une soupe aux choux qu’Igor offre à Anne par l’intermédiaire du cuisinier du wagon-restaurant. Igor partage la cabine d’Anne avec quatre autres voyageurs et l’interprétation qu’Anne fait de ces quelques jours passés avec Igor dans le même compartiment relève du délire hystérique. Igor serait son “ange gardien”… et elle reconnaîtrait son dos entre des milliers d’autres, car c’est surtout ce dos qu’elle a contemplé pendant les nuits de ce long voyage, le dos d'un Igor endormi sur la couchette faisant face à la sienne. Igor n’apporte rien à l’histoire, si ce n’est une touche anthropologique ou folklorique russe. De même la rencontre qu’Anne fera avec Boris à Irkoutsk est elle aussi une rencontre vide de sens. Le lecteur finit par se dire que si Gyl est parti si loin, en Sibérie profonde, là même où les Décembristes furent exilés par le Tsar en 1825, c’est qu’il voulait s’éloigner le plus possible de la narratrice, de l’ennui qu’elle porte en elle, de l’ennui et surtout du manque de vie, d’envie de vivre. Ce n’est pas une dépression : la narratrice « vit par intermédiaire », au travers des personnes qu’elle croise, au travers des vies de ces personnes, vies qu’elle imagine (Igor, Boris) ou qu’on lui raconte (Clémence).

C’est ainsi que la vie de Clémence est mise en parallèle avec celle de la narratrice. Clémence a vécu un grand amour, Paul, assassiné pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Elle a ensuite connu plusieurs hommes, mais ne s’est jamais mariée. Clémence est une ancienne modiste et l’auteur lui donne un côté “librement-mais-non-officiellement-adapté-de-la vie-de-Coco-Chanel” qui n’échappe pas au lecteur. Anne lui fait la lecture, surtout des portraits de femmes héroïques, Olympe de Gouges, Milena (la muse de Kafka), Marion du Faouët, avec une insistance sur la traversée à la nage de la Moldau par Milena, dans son désir de ne pas être en retard à un rendez-vous amoureux, qui devient clé trop visible de la dernière heure de Clémence, victime de la maladie d'Alzheimer et qui se suicidera, se jettant dans la Seine comme Milena dans la Moldau, avant le retour d’Anne de son artificiel voyage en Sibérie.

Le livre rappelle vaguement celui de Simonetta Greggio, La douceur des hommes, dans ce dialogue entre une femme âgée, un peu hors du commun, qui a aimé et vécu librement, sans attaches conventionnelles, et une femme plus jeune, ou comme Anne à la veille d’entrer dans une maturité stérile (il est trop tard pour avoir les enfants qu’elle ne voulait pas plus jeune), minée par l’anxiété de la vieillesse et de la mort. Cette peur du changement inéluctable de son corps devient un refrain exaspérant et le lecteur a une terrible envie de lui dire : « Assez de pleurnicheries ! Il y a pire que trois rides dans le monde qui nous entoure ! » ; ou, comme Bossuet, la sermonner : « Vanité, vanité, tout n’est que vanité ! ». Tout comme Constance dans La Douceur des Hommes, Anne est une avide voyageuse et mentionne ses divers périples alors même qu’elle est dans le train vers Irkoutsk, mais là s’arrêtent les similitudes. Car le livre de Simonetta Greggio exsude la tendresse alors que celui de Michèle Lesbre se révèle un bréviaire du narcissisme et de l’introspection, un « livre des regrets », une perte de temps pour le lecteur qui se demande encore quels critères ont jugé ces 138 pages dignes d’être publiées…

Est-ce une nouvelle tendance littéraire que cette angoisse de la ménopause par des baby-boomers ayant vécu leur plus belle année en 1968, comme Anne dans Le canapé rouge ? Ou doit-on y voir un rapprochement des générations, le nécessaire dialogue entre femmes enfin renoué, entre celles qui affrontent la vieillesse et la mort en face, avec philosophie, suivant le cliché qu’avec l’âge vient la sagesse et celles qui en ont encore peur ?

October 10, 2009

©Sarah Diligenti for La Plume d'WAA

Sunday, September 20, 2009

A Poem on Growing Old: Little Old Ladies


In Memoriam Stephanie Auspitz....
This poem of mine was published a few years ago in an anthology.



Little old ladies with pink ribbons in their hair,
soft, blushed, pink cheeks that smell of violet powder
when you hug and kiss them, and pretend they will
not die nor disappear in their little blue coats,

their tiny feet dressed up nicely against the chill,
the wise smile on their lips whispering how you ought
to not love ‘em so much nor cherish them so dearly,
for when the time comes they will wave bye bye gently,

lay their fragile body and their little wrinkled
hands to rest, their soft white hair elegantly brush’d,
the wise smile on their lips now hiding their little
secrets, the memories of lives past, forever asleep.

Bethesda, Dec 1 - 2, 2000


© 2000 Sarah Pickup Diligenti

Sunday, September 6, 2009

District 9 - The Movie, or the Mother of Metaphors on Xenophobia and Racism

Originally a movie based on real events that took place in South Africa (District 6 in Cape Town was declared a White-Only area in 1966 and forced removals and evictions started in 1968. By 1982, more than 60,000 persons had been relocated 25 km from District 6 and all standing buildings been bulldozed but for the houses of worship), the South African movie, District 9, is so strong that it becomes the Mother of Metaphors on Xenophobia and Racism.


District 9 is a science fiction movie, and as such, does a good job at exposing our very human feelings vis-à-vis all things alien. The undesirable “alien” population who lives in District 9, Johannesburg, is indeed rather… different. The movie director did not go as far as totally removing all resemblance with our species. These "aliens" are able to stand erect on their two hind legs, have arms, and a head, and have a language (even so, I was thankful for the subtitles: I did not understand a single word they uttered). These aliens are alien in as much as they do look like giant shrimps, with their skin made of some hard carapace/scale and their head with the little tentacles that give them a funny mustache. They came on a mother ship that hangs over Johannesburg and has been hanging there for 20 years when the movie starts. They “landed” on Earth when the humans opened up the ship, found them starving inside, and carried them into refugee camps to feed and heal them… thus creating the slum that is now District 9 at the beginning of the movie.


Twenty years later, the threshold of tolerance is reached and xenophobia rises. A system of segregation (really, of Apartheid) separates the “non-humans” from the “humans” and the government through an agency called MNU (Multinational United, a wink to UNO?) decides to relocate the aliens further away in an altogether new refugee camp, presented as the ultimate refugee camp for cleanliness and hygiene. Evictions are served, and I will try not to spoil the movie further as I share the thoughts and challenging moments it raised in me.


Of course, I commend the director and its team. Deciding upon a reasonably alien-looking creature (a giant shrimp) but keeping the main characteristics of what’s make us superior mammals (standing erect, a developed language and a highly developed technology… much higher than ours as is always the case in science-fiction movie) is a coup de maître. The human species’ destiny in science-fiction movies always seems to be that of the mean moronic Nazi in post World War 2 movies that brought good conscience to nations who didn’t dare examine their past or their actions during the war: the Nazis were cruel to the point of stupidity, had technology, but the smart French Resistant always outdid them (no word on the French collaboration!). Here again the same scenario: the aliens have a much higher technology than the humans, but eat tinned cat food (they do not even bother to open the cans!) and get done by a bunch of illegal Nigerians who sell them hundreds of cat food cans for money, or, even better, their alien weapons. These latter are useless to humans because they work only on contact with the proper DNA. The Nigerian chief in his wheel chair is as avid of this alien technology as the MNU, South African government and by extension the Western world. But hush!


The aliens are nicknamed “prawns” by the humans. Immediately come to mind the innumerable lists of derogatory terms/slurs humans created and used every time they felt threatened by someone. From slavery-related words to segregation and Apartheid, from “Yid” to “Jude”, from the Dreyfus Affair to Nazi Germany and anti-Semitic Poland and current France, from “bicot” to “raton” to “Paki” in the post-colonization era, from “limies” to “frogs” to “macaroni” to “slant-eyes” to “red skin”, human creativity in language seems unfortunately at is best when it is speaking out hatred and fear of the alien. Is xenophobia truly such a linguistic asset of the human mind? I shiver at the thought.


When the evictions are served, other images invade the spectator’s mind. Not that I lived World War 2, or any other war, but famous pictures of the Warsaw Ghetto came to me, the little boy with his hands up… Images of millions of displaced persons, in Rwanda, in Sudan, in Vietnam, in Afghanistan, ending up parked like cattle in refugee camps… Images of Gaza and the wall that cuts the Holy Land in two, on the one side of the wall, the wealthy Israelis, on the other side, Palestinians surviving in squalid conditions... Images of the shacks in Brazil, India or elsewhere that make our planet, the “planet of slums”…

District 9 goes beyond being a metaphor on what the Apartheid regime was. District 9 illustrates the consequences of hatred and contempt for the Other, the Human Alien Other, legal or illegal.










The Warsaw Ghetto Picture….


Vietnamese Refugee in Thailand




Refugee Camp in Gaza

Monday, August 24, 2009

Elfriede Jelinek, ou le mythe autrichien ébranlé


Briseuse de rêves ou artiste accomplie? Telle est la question que je me pose à la fin de l’été, après la lecture de plusieurs romans du Prix Nobel de Littérature 2004, l’Autrichienne Elfriede Jelinek.


Si tout comme moi, vous gardiez de l’Autriche une vision aseptisée, de bonbonnière aux douces couleurs pastel, sur fond de valse de Strauss, avec Romy Schneider et sa lourde masse de cheveux remontée en chignon quand elle interprètait Elizabeth “Sissi” von Wittelsbach, ou une vision plus sportive avec Franz Klammer slalomant à vitesse presque supersonique à Innsbruck, il se peut fort que ces dernières années aient déjà quelque peu eraflé cette naïve image d’Epinal. Entre les deux affaires de kidnapping et d’inceste, l’agence de tourisme sexuel de Nikki Lauder, ancien pilote de Formule 1, les virées politiques à la “plus à droite que moi, tu meurs!” du maintenant défunt Jorg Haider et de son parti populiste, l’image d’une Autriche aussi légère que la crème Chantilly des cafés servis à Vienne, aussi culturellement joyeuse et inspirée qu’une oeuvre de Gustav Klimt, cette image quitte votre esprit définitivement à la lecture des livres d’Elfriede Jelinek.



Célébrée pour la polyphonie de son écriture, sa dénonciation presque poétique des maux qui affligent l’Autriche d’après 1945 et l’Autriche contemporaine, l’oeuvre d’Elfriede Jelinek est avant tout sulfureuse. Certes un prodige d’écriture et de jeux de mots -au moins dans la traduction en anglais... car je n’ai pas osé m’attaquer à la version originale en allemand. Depuis Die Buddenbrooken de Thomas Mann, je n’ai plus rien lu dans la langue de Goethe-, certes des phrases vertigineuses de sens et de pirouettes littéraires sémantiques, mais aux dépens de la santé mentale du lecteur. Celle des personnages d’Elfriede Jelinek est totalement à la dérive: femmes battues et se laissant battre, victimes d’abus et d’humiliations sexuels entérinant des relations maritales sado-masochistes, comme c’est le cas pour la mère de Rainer et d’Anna dans Wonderful, Wonferful Times, ou pour Gerti dans Lust; ou encore touchant à la perversion inhérente au détournement de mineur dans The Piano Teacher.

Que ce soit d'ailleurs The Piano Teacher (dont il existe un film avec Isabelle Huppert, mais que je n’ai pas vu , -et que je ne pense pas voir, je ne suis pas à ce point masochiste-), Greed, Lust ou encore Wonderful, Wonderful Times, les quatre oeuvres que j’ai lues cet été, la violence insupportable d’une sexualité décadente, évocatrice des fins d’Empire (Romain, ou Troisième Reich revu par Visconti dans Les Damnés: http://www.in.com/videos/watchvideo-trailer-the-damned-1969-visconti-les-damnes-vo-2377373.html), s’accompagne aussi d’autres formes de violence, politique et économique, opposant Hans à sa propre mère, veuve d’un socialiste mort dans les camps de concentration, Herr Direktor à ses ouvriers, la pianiste à ses elèves; mais aussi violence faite à l’innocence de l’enfance. C’est à se demander, à travers ce déploiement intellectualisé de la violence, si ce n’est pas d’elle-même que l’auteure parle. Jelinek, tout comme Anna dans Wonderful, Wonderful Times, ou encore cette autre Anna dans The Piano Teacher, était destinée à une carrière musicale et tout comme ses deux jeunes anti-héroïnes, en proie à d’intenses dérangements psychologiques. Ces derniers ont même empêché l’auteure de se rendre à Stockholm pour recevoir son prix Nobel, tant il lui est impossible d’affronter la foule, de parler en public, comme Anna qui traverse des périodes de silence, perdant la parole, ce logos qui différencie l’Homme de l’Animal.





Est-ce la condition féminine, la soumission de la femme dans la société autrichienne présentée comme capitaliste, conventionnelle et catholique, à l’instar sous-entendu des “3 K: Kirche, Küche, Kinder”, que dénonce ainsi Jelinek? A trop se répéter d’un livre à l’autre, à trop rouler dans la boue l’ego et les maux du mâle (sans jeu de mots!), de l’Homo Austriansis devenu symbole de l’Homo Sapiens contemporain, même si cela est fait dans un registre de langue autrement plus riche, recherché et intellectuel que celui de Houellebecq (pour trouver un élément de comparaison à forte connotation sexuelle), l’auteure finit par ne plus convaincre. A crier au loup quand il n’y en avait pas, Pierre perdit toute crédibilité!

Sur les quatre romans lus, celui que je recommande quand même, c’est Wonderful, Wonferdul Times: effrayante vision de l’Autriche post-hitlérienne, qui se complait dans un rôle de victime du fait de l’Anschluss, n’ayant jamais le courage qu'eut l’Allemagne de confronter ses péchés, mais aussi effrayante descente aux enfers pour les quatre adolescents du roman: Rainer, Anna, Hans et Sophie, ou comment la violence engendre la violence qui engendre à son tour une certaine forme de terrorisme et de criminalité. Ce roman, situé dans les années 50 pourrait bien avoir comme cadre les années 70 ou cette première décennie du XXIème siècle. Ames sensibles, s’abstenir!

©Sarah Diligenti, septembre 2009 pour La Plume d'WAA

Sunday, August 16, 2009

Summer Strolls

There is nothing I find more relaxing than summer strolls, hunting for the unexpected flower or insect picture.

In D.C., two magic places work year round and are at their best in the spring and summer: Mount Vernon, the compulsory pilgrimage to George Washington's home and Washington's best-kept secret, the mansion, estate and gardens of Marjorie Merriweather Post: Hillwood Museum.



The Butterfly at Mount Vernon
















or
The Bumble Bee and the Blue Thistle at Hillwood














If only choices were always as simple!
***

One may prefer decoding an artist's pictural inspirations. When strolls in Giverny are but only a dream not yet come true, strolls in Hillwood's cutting garden and Japanese garden offer comfort and hope.


The Japanese Garden?
















or The Cutting Garden ?

I fancy that Manet is giving me his blessing for walking around these beautiful gardens and trying to understand what he saw, what he felt, and what he interpreted of Nature's bounty, of Nature's beauty, of Nature's colorful summer kindness to human eyes tired of the winter grays and the winter blahs.


Nympheas at Giverny, waterlilies in a Japanese garden in DC....




...Bridges to cross....














Waterfalls or water music...

...The Japanese maple trees are ablaze already...















Dame Sei Shonagon's spirit espouses Manet's.


The world is a garden...

Friday, May 1, 2009

L'amertume de l'exil: Andrei Makine


Recevoir un Prix Goncourt bien mérité, qui récompensât vraiment le talent, la langue et l’originalité, ce fut le cas d’Andrei Makine en 1995 pour son superbe roman, « Le testament français ».

Ce qui n’empêcha certes pas la critique littéraire de crier à l’imposture, et de traiter Makine de “métèque de la littérature française”. Certains auteurs dont l’œuvre est ainsi récompensée, disparaissent parfois sans jamais publier autre chose; d’autres enchaînent livre après livre, exploitant un filon ou une niche, diluant leur talent et leur style, au détriment de Dame Littérature. Quelques-uns résistent au temps, aux vagues qui font et défont la gloire littéraire, et écrivent sans chercher à plaire ou parfois même prêts à déplaire.

Makine demeure un cas particulier. Il a écrit treize livres; le quatorzième, « La vie d’un inconnu », est probablement la meilleure surprise de la rentrée littéraire de janvier 2009. On peut dire de Makine qu’il reste fidèle à son style, néo-classique s’il en est, loin des extravagances linguistiques de Perec ou Devos, stylistiques de Sarraute, et sémantiques d’auteurs allant de Houellebecq à la “trash littérature”. Il reste aussi fidèle à son sujet, à cette niche qu’il revendique comme personnelle, roman après roman, celle de la Russie Soviétique et des souffrances de l’homme (ou de la femme) sous ce régime totalitaire. Si son enthousiasme pour la France qu’il “choisit” en 1987 marque ses quatre premiers livres, voire même le très controversé cinquième livre “Le Crime d’Olga Arbélina”, petit à petit est apparue une deuxième tendance dans l’œuvre de l’écrivain, celle de l’amertume de l’exil, entamée dès "Requiem pour l’Est”. Par coups de plume bien acérée, Makine écorche, égratigne, tente de secouer cette France qu’il avait idéalisée et qu’il découvre n’être pas, n’être plus, et qu’il finit par dénoncer dans un pamphlet qui est aussi un réquisitoire, “Cette France qu’on oublie d’aimer”.

Son dernier roman, "La vie d’un inconnu", marque peut-être la synthèse des sentiments qui tourmentent l’auteur en la personne de son narrateur, Choutov, écrivain russe exilé en France, le double de Makine. D’un côté, l’amertume de l’exil volontaire dans un pays adoré, choisi, mis sur un piédestal, une « France éternelle » que l’auteur souhaiterait figée dans la splendeur de son passé historique mais qui évolue au gré des migrations, et de la langue, qui n’est plus celle de Voltaire, ni celle de Stendhal, car « aujourd’hui, la personne préférée des Français est un footballeur et non plus un poète » (p 38 Vie d’un Inconnu). Face à cette transformation du pays d’élection, et aigri par une histoire amoureuse impossible, le narrateur est pris d’un violent sentiment de nostalgie pour le pays qu’il a quitté et retourne à Leningrad, maintenant St Petersbourg, persuadé d’y retrouver son âme et l’amour de sa jeunesse, mais se retrouve de nouveau en exil - «Qui est-il ? Un Russe ? Mais passez bien habillé pour cet endroit. Un étranger ? Mais manquant de cette aisance qu’on sent au contact des Occidentaux. » (p89)-, ne pouvant comprendre ses anciens compatriotes retournés (au sens du « Retournement », excellent livre de Vladimir Volkoff) par la nouvelle Russie, qui « a copié ces modes occidentales et maintenant s’amuse à les pasticher. » (p72), alors « qu’autrefois un recueil de poèmes pouvait changer votre vie, mais un poème pouvait aussi coûter la vie à son auteur. Les strophes avaient le poids des longues peines derrière le cercle polaire où tant de poètes avaient disparu… » (p99)

Si le narrateur par deux fois exilé réssuscite, c’est grâce à Gueorgui Lvovitch Volski, le vieillard grabataire qui attend silencieusement qu’on le déménage, tant il gêne les nouveaux Russes que représente Iana car «quand on était jeunes, on n’avait pas le temps de parler avec les gens comme lui » (p75) et son fils Vlad, né à la chute du communisme, qui n’a donc pas grandi dans l’univers soviétique des Pionniers et des privations, et qui « parle une langue que Choutov n’a jamais entendue en Russie » (p93). Volski (Est-ce un jeu de mots sur Vronski, l’amant d’Anna Karénine ?) est un rescapé du régime totalitaire stalinien, un de ces personnages chers à Makine et qui font la grandeur humaniste de son œuvre (La fille d’un héros de l’Union Soviétique, La musique d’une vie, La femme qui attendait). Il a survécu au siège de Leningrad, il a survécu aux camps, il a survécu à l’atrocité et la folie du régime et des sbires de celui-ci : police secrète vous emportant en pleine nuit, interrogations, disparitions… Son histoire, au-delà de la parole historique, est aussi celle de son amour pour Mila, amour qui vécut, survécut, et mourut au rythme de l’histoire de l’URSS stalinienne. Un amour qui demeure après la mort de Mila, exemplaire par sa fidélité, et symbole aussi de cette Russie d’avant l’occidentalisation.

Grâce à Lvovitch, le narrateur « sait désormais que les seuls mots dignes d’être écrits surgissent quand la parole est impossible. » (p 288) et « qu’il n’appartiendra jamais à ce monde russe qui renaît maintenant (…) dans sa patrie. Il restera jusqu’à la fin dans un passé de plus en plus méprisé et de plus en plus inconnu d’ailleurs. Une époque qu’il sait indéfendable et où pourtant vivaient quelques êtres qu’il faudra coûte que coûte sauver de l’oubli. » ( p289)

Espérons que Makine survivra à ce double exil : l’exil volontaire qui s’avère difficile à vivre dans un pays qui semble bien loin de l’idéal qu’il s’en était fait, et l’exil intérieur de celui qui ne fut jamais prophète en son pays natal et ne peut plus le reconnaître, devenu lui-même, à 52 ans, monument historique d’une époque révolue.